Un réseau de proxénètes nigérianes jugé et condamné

La brigade de répression du proxénétisme de Paris a démantelé un vaste réseau de prostitution nigériane. 16 personnes soupçonnées de traite d’êtres humains ont été jugées du 14 au 30 mai 2018, au Tribunal de grande instance de Paris dans un procès d’une ampleur inhabituelle.

Les jeunes femmes qui ont témoigné contre les proxénètes, appellées ‘mama ou madame’ étaient chez elles au Nigéria quand quelqu’un leur promit de les emmener en Europe où elles trouveraient un travail facile, auraient une bonne vie et  la possibilité d’aider leur famille…  C’était l’accomplissement du rêve européen. Arrivées en Italie, France, Espagne, Danemark, Allemagne…  le rêve s’est transformé en cauchemar et ces jeunes femmes, souvent des mineures ont été contraintes de se prostituer à Paris, bien sur les trottoirs ou dans le Bois de Vincennes .  Les recruteurs au Nigeria, sont en lien avec les mamas en France, ou dans un autre pays européen.

Le procès des « Authentic Sisters » à Paris qui a duré presque 3 semaines a été un procès hors norme de par le nombre élevé de prévenus : seize – dont quatorze Nigérians – interpellés en février et mai 2016, mais aussi par l excellente enquête policière de la brigade de répression du proxénétisme (BRP), et une présidente du tribunal qui connaît bien le problème de la traite nigériane. La plupart des prévenus sont des mamas et des chefs de réseau en France, mais ces réseaux ont des ramifications au Nigéria, dans les pays de transit des migrants et dans d’autres pays européens. Cela complique l’enquête, et les victimes ont peur pour leurs familles restées au pays et menacées de représailles par le réseau. Les enquêteurs ont compté au moins cinquante victimes de ce réseau, rien qu’entre 2013 et 2016. La plupart viennent de Benin City, capitale nigériane du trafic d’êtres humains, ou de villages pauvres.

Plusieurs jeunes femmes ont témoigné à l’audience de l’enfer de ce réseau et de ce qu’elles ont été forcées à subir de la part de ces femmes : comment on les a obligées à subir de nombreuses passes par jour, et à donner l’argent à leur proxenète-femme qu’elles appellent maman ou madame. Même pendant le procès ces femmes  ont été menacées de mort pour avoir témoigné.

Le tribunal a condamné quinze prévenus pour proxénétisme aggravé et traite d’être humains à des peines allant jusqu’à onze ans de prison. Pour la plupart Nigérians, ils ont été reconnus coupables d’avoir fait venir illégalement en France de jeunes Nigérianes et d’avoir organisé leur prostitution forcée. Happy Iyenoma, alias «Mama Alicia», la tête pensante du groupe a été condamnée à dix ans d’emprisonnement et 200.000 euros d’amende, et arrêtée à l’audience. Son mari également. Neuf des dix autres « mamas » qui étaient jugées à ses côtés ont été condamnées à des peines allant de deux à dix ans de prison, avec pour certaines de lourdes amendes, et une a été relaxée. Quatre autres hommes, impliqués à divers degrés dans ce réseau, ont écopé de deux à onze ans de prison (cette plus lourde peine allant à un prévenu déjà condamné pour trafic de stupéfiants).

Dix prévenus, dont Mama Alice, se sont vu interdire définitivement de séjourner sur le territoire français. «Beaucoup de gens se battent pour pouvoir séjourner en France, et le font sans passer par des réseaux frauduleux même s’ils sont dans des situations humaines désespérées. C’est aussi au nom de tous ceux-là qu’ont été prononcées ces interdictions», a asséné la présidente.

Les ‘Authentic sisters’ étaient en réalité un réseau de proxénétisme nigérian, déguisé en « club/tontine » des femmes nigérianes et dont l’argent récolté était dédié à acheter le plus grand nombre possible des femmes au Nigéria afin de les exploiter en les obligeant à se prostituer dans la rue en France. « Mama Alice », dont le nom dans ses documents français est Happy Irorere, est  la tête pensante du réseau. A 36 ans, elle a un compagnon, aussi condamné dans le même procès, et 3 enfants de 3, 6 et 11 ans, elle avait été elle-même victime de la traite. Son réseau s’étant au Nigéria et aux pays de transit des migrants, ainsi qu’en France. Sa famille (mère, frères et sœurs) sont les membres principaux du réseau, où il y a aussi d’autres personnes. Dans le procès il est apparu que ses enfants sont depuis 2016 dans un foyer de l’Aide social à l’enfance (ASE). Le juge des enfants et les personnes qui en prennent soin ont rapporté que ce sont des enfants qui relèvent de graves violences et de « vécu sexualisés ». Leur mère criait et leur père les frappait. Les enfants dissent avoir vu dans leur domicile des personnes qui rentraient et ressortaient continuellement des chambres, des adultes qui s’embrassaient nus…  et ils disent qu’ils ont vu des films pornographiques.

Une partie du réseau a été condamné, mais pour autant il n’est pas sûr que le réseau a été démantelé puisque des membres du réseau ont menacé les témoins et que d’autres sont en liberté dans d’autres pays, et même en France.

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