En chemin avec

400-plage-captifsAux captifs la libération a pour vocation d’aller à la rencontre des personnes de la rue, particulièrement des personnes sans domicile fixe et en situation de prostitution, pour construire une relation. À partir de cette relation peut être proposé un accompagnement global réalisé par des bénévoles et des salariés. S’appuyant sur l’expérience accumulée depuis 1981, les équipes de l’association affirment aujourd’hui que l’efficacité des dispositifs sociaux repose d’abord sur la capacité des intervenants à rejoindre l’autre dans sa souffrance profonde et à l’accompagner vers un chemin de réconciliation.

Sœur Begoňa, qui travaille avec cette association, nous livre son témoignage :Sœur Begoña Iñarra est religieuse chez les Sœurs Missionnaires de Notre Dame d’Afrique. Après une vie de mission essentiellement passée en Afrique, elle s’est engagée à lutter avec sa congrégation contre le trafic des êtres humains. Munie de son expérience africaine, elle a choisi de rencontrer régulièrement des jeunes femmes nigérianes victimes de la traite humaine et en situation de prostitution. Tous les mardis, accompagnée d’une travailleuse sociale, elle part à leur rencontre dans le bois de Vincennes avec le camion de l’association « Aux captifs, la libération ».

Elle témoigne de ces rencontres : « Dès le matin, je m’y prépare, en y pensant, et aussi par la prière. Le moment venu, je me rappelle que je suis là pour écouter, pas pour proposer des solutions. Je sais que je viens les mains vides. Je me présente telle quelle que je suis, avec ma pauvreté. J’écoute mes interlocutrices me parler d’elles. Je réponds à leurs questions. Je les invite à prendre conscience de leur beauté intérieure et de leur dignité, à faire la différence entre ce qu’elles font et ce qu’elles sont. Je les incite à me parler de leurs rêves et à réfléchir aux « petit pas » qu’elles pourraient faire pour aller dans cette direction, pour sortir de la prostitution. Je suis admirative de leur courage dans leur vie de tous les jours. Je me sens heureuse des petits pas qu’elles accomplissent et de la confiance qui se crée progressivement. »

Sœur Begoňa a souhaité s’engager pour rencontrer en vérité ces personnes, leur permettre de se reconstruire et éventuellement de s’en sortir du fait de leur propre décision. La décision de changer ne peut venir que d’elles seules. Sœur Begoňa se souvient d’un témoignage marquant recueilli lors d’un échange avec Jean Vanier : il s’agissait d’une religieuse qui visitait régulièrement une personne dépendante de la drogue. La religieuse souhaitait que la personne s’en libère ; juste avant de mourir, la personne droguée a dit à la religieuse : « Toi, tu ne m’as jamais rencontré ! Tu voulais juste que je sorte de la drogue. »

Si je ne suis pas aimé tel que je suis, avec mes pauvretés et mes faiblesses, je ne peux pas décider de changer. La rencontre en vérité apparait donc être plus importante qu’une éventuelle solution que l’on souhaiterait imposer à l’autre. Sœur Begoña a ainsi constaté auprès des personnes rencontrées que les petits pas pour changer leur vie étaient liés aux petits pas dans la relation : une marque de confiance, une confidence en vérité, mettent la personne en chemin.

Sœur Begoña propose donc de faire des petits pas, comme de suivre des cours de français proposés par l’association. Elle anime aussi parfois des ateliers où par des exercices elles expérimentent le bien-être et apprennent à être en contact avec leurs sentiments et à les exprimer. Après elle leur parle de sujets qui les intéressent, comme la conception, le développement de l’enfant, les soins de santé, une bonne nourriture… La vie de prostitution est tellement dure qu’elles sont coupées d’elles-mêmes et n’écoutent plus leurs sentiments. Pour les aider à se reconstruire et à récupérer leurs forces, elle les aide à se reconnecter avec leur vie intérieure, à reconnaitre la valeur des petites décisions qu’elles prennent, de leurs forces, de ce qu’elles ressentent, des liens qu’elles ont tissés et à continuer ces petits pas… qui leur demandent pourtant beaucoup de courage : il en faut pour aller suivre un cours de français après toute une nuit de travail au Bois !

Petit à petit, les liens se créent, la confiance s’établit, les personnes peuvent s’exprimer en vérité et renouer avec leur personnalité profonde, reléguant plus loin, pendant un temps, les conditions de vie inhumaine auxquelles elles sont soumises. Parfois, les Captifs les invite à des rencontres en dehors de leur milieu de travail, pour la fête de Noël, pour quelques jours à Lourdes… Et certaines d’entre elles, si elles le décident, avec l’appui des organisations finissent par se libérer progressivement de l’exploitation de la prostitution.

Cette démarche lui procure beaucoup de joie, mais aussi de la tristesse, face à la dureté et l’indignité des situations rencontrées.

Yves Barbazanges
Publié à « Vivre et aimer »

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